Solennité de l’Immaculée Conception – 8 DÉCEMBRE 2023

Le 8 décembre marque la fête de l’Immaculée Conception.

Pour la foi chrétienne, Marie est indissociable de l’enfant qu’elle a porté, Jésus, en qui s’est totalement manifesté le Dieu vivant. Elle est appelée, depuis le concile d’Éphèse (431), « Mère de Dieu ».

Selon la tradition catholique, depuis le dogme promulgué par le pape Pie IX, le 8 décembre 1854, elle est déclarée préservée du péché originel dès sa naissance.

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Homélie

Frères et soeurs,
Vous l’avez entendu comme moi, le mot « immaculé », est bien prononcé, dans la lettre de Paul aux Ephésiens. Il ne vise pas la mère du Seigneur, mais chacun d’entre nous, comme baptisés, membres de l’Église. En quelques mots percutants, riches de sens, Paul nous rappelle le dessin de Dieu depuis le commencement de son projet créateur : rendre chaque être humain, par le Christ Jésus, capable d’une relation vivante avec lui, et avec ses frères, « immaculé » (sans tache) devant sa face.

Si l’Église catholique célèbre l’immaculée conception, ce n’est pas pour que notre piété décolle du réel. Ce n’est pas la conception virginale qui importe, mais ce que celle-ci dévoile : quand Dieu vient frapper à notre porte et que nous l’accueillons jusqu’au tréfonds de notre chair, il fait toutes choses nouvelles.


Qu’est-ce qui nous rend « vivants » ? La relation humaine, la rencontre de l’autre. Quand nous nous coupons de cette aptitude relationnelle, nous vivons comme un exil de nous-même.


Qu’est-ce que l’homme ? Le peuple juif s’est laissé travailler pour mieux comprendre l’énigme de la condition humaine. Et sur le long terme, à travers plusieurs générations, il nous a tissé ses merveilleux récits que les juifs nomment « la Torah » pour nous aider à penser et agir en conscience. Avec une question sous-jacente dans toutes les Ecritures : « Est-ce les hommes arriveront à habiter cette terre en bonne intelligence, sans s’auto-détruire ? » ; question toujours vive pour nous aujourd’hui.


Nous avons entendu en première lecture un extrait le récit du livre de la Genèse, nous plongeant dans le mythe du jardin d’Eden. Qu’est-ce que c’est que cette histoire de « l’arbre interdit », de l’arbre à ne pas manger ?

Rappelons-nous le récit du jardin d’Eden. Le créateur a dit à l’humain, mâle et femelle, « tu peux manger de tous les arbres du jardin sauf celui qui est au milieu ; tu peux manger de tout sauf un ! » Traduisons : tu peux manger de tout mais est-ce que tu vas laisser une place vide dans ta vie, un creux pour que la parole qui t’es dite soit accueillie ? Est-ce que tu va devenir un être de relation ou bien vas-tu manger la place de l’autre et tout ramener à toi ? Accueillir la parole posant un interdit, un seul, c’est accueillir la parole d’un autre. C’est permettre à l’humain de devenir un être de parole, d’entrer dans une histoire relationnelle. Un être de relation qui écoute, reçois et réponds. Et dans la composition des récits bibliques, si le livre de la Genèse place en premier ces récits mythiques, c’est pour nous dire que notre accession à notre humanité véritable, relationnelle, va être complexe et difficile, douloureuse même.

Toute la question est de savoir si, pour aller vers son humanité l’homme va grandir en intégrant la parole de l’autre… Celle de son prochain comme celle de son Créateur…

« Où es-tu ? » C’est la question que le créateur pose à chacun d’entre nous depuis que nous sommes nés à la vie. Nous avons du mal à exister sans mettre de masques, de parures qui
nous qualifient au regard des autres… Nous avons du mal à ne pas nous juger, à ne pas nous accuser … à exister sans faux semblant, dans cette simplicité d’être, en esprit et en vérité.

Marie, comme son époux Joseph, est une personne humble. Ils ne rêvent ni l’un ni l’autre de grands dessins qui les dépassent comme dit le psaume 130. Ils ont les pieds sur terre et vivent leur rapport au temps, autant faire se peut, ajustés à leur prochain sous le regard de Dieu.

Comme membres du peuple juif, ils accordent une attention particulière à la parole d’Alliance médiatisée par Moïse, la torah. Ils cherchent l’un et l’autre à y répondre concrètement dans des actes simples, au jour le jour, tout au long de leur vie.

Et c’est en ce lieu de la vie ordinaire, que nous entendons le récit de l’annonce faite à Marie.

Ce récit nous dit quoi ? Le Dieu de l’Alliance n’oublie jamais ses promesses, n’oublie jamais que celles-ci s’inscrivent dans l’histoire, la chair des hommes. Toute la question est de savoir si nous écoutons la parole d’Alliance et comment au plus secret de notre conscience, et engageant notre vie, nous y répondons.

Que cette annonce de Nazareth, n’est pas simplement une bonne nouvelle personnelle adressée à Marie, mais qu’elle rejoint l’attente de tout le peuple juif, en proie à toutes sortes de divisions et tensions internes comme c’est le cas pour chaque communauté humaine dans le temps de l’histoire. Cette annonce vient rendre possible l’unification de tous sous la figure de celui qui vient, Jésus. Il vient rendre possible l’existence d’une humanité plurielle et une.


Toute réponse de notre part à la parole d’Alliance nous ouvre à une responsabilité collective, rejoint les aspirations à mieux vivre notre humanité dans la justice sur la terre.


Mais quelle est notre écoute et l’accueil de celui qui vient ? Nous croyons en Jésus Christ crucifié, mort et ressuscité des morts. Nous pouvons nous poser la question : « Comment cet homme mort crucifié est-il encore pour nous aujourd’hui source de vie ? »


Nous pouvons être saisi de crainte quand la présence de Dieu se rapproche à travers notre fragilité humaine, celle du visage d’un pauvre, d’un migrant ou d’un malade…


Nous pouvons faire nôtre cette question : « mais comment faire ? » rejoignant l’interrogation de Marie : « Comment cela va-t-il se faire ?»

Cette annonce faite à Marie qui écoute et accueille la parole de Grâce, nous devons l’écouter en ce décembre 2023, avec les défis que nous traversons : la COP 28 et la démarche synodale. Comment vivre ce changement de civilisation, en accueillant les moeurs de Jésus-Christ qui ne vit jamais ses relations au monde des vivants sous l’emprise et la domination.

Comment pouvons nous vivre nos relations en Eglise en confiance dans la marche synodale qui déplace nos habitudes, car celle-ci suppose beaucoup d’écoute et d’accueil de la parole du prochain.

« Rien n’est impossible à Dieu » réponds l’ange de l’annonciation, encore nous faut-il répondre en donnant notre écoute, notre présence réelle là où notre prochain nous attends.

D’un monde de pécheurs, notre Dieu est capable de faire naitre des frères qui s’ignoraient, alors qu’ils avaient peur les uns des autres.


Oserons-nous croire que rien n’est impossible à ce que Dieu peut faire naitre en notre histoire, si nous nous ajustons à sa parole de grâce, si nous laissons le Christ prendre chair en nos vies ?

Père Antoine Adam, oratorien