Histoire

UN LIEU UNIQUE

Au milieu du XIXe siècle, les grands industriels lillois décident d’édifier une basilique digne de ce nom afin d’y accueillir le pèlerinage à Notre-Dame-de-la-Treille, établit à Lille depuis le XIIIe siècle.

En 1913, le diocèse de Lille est érigé ; la basilique, encore en construction, est élevée au rang de cathédrale. L’édifice est inauguré en 1999 une fois la façade achevée. L’originalité de l’édifice s’explique par la conjugaison des styles qui y sont présent. Issu du rêve (néo)gothique, il est aussi le témoignage de la création contemporaine par la façade en marbre, œuvre de Peter RICE et de Pierre-Louis CARLIER, par le portail de la Vierge, de Georges JEANCLOS et par la rosace de la Résurrection, imaginée par Ladislas KIJNO.

En dessous, la crypte multiplie les utilisations : la partie la plus ancienne accueille les tombeaux des évêques et abrite les pierres commémoratives des donateurs. La partie « moderne » quant à elle, accueille le « Centre d’Art Sacré de Lille ». Cette « Crypte moderne », a gardé le côté brut initial de l’architecture en béton des années 1930 créant ainsi un espace dépouillé, propice à l’accueil d’œuvres contemporaines.

Inauguré le 7 décembre 2003 dans la « Crypte moderne », au lendemain du lancement officiel de « Lille 2004, Capitale européenne de la culture » et dans le cadre de la célébration des 90 ans du diocèse de Lille, le « Centre d’art sacré contemporain » expose les œuvres de la collection La Passion de Dunkerque ; peintures, sculptures, photographies, dessins, vitrail, d’artistes des XXe et XXIe siècles, sur le thème de la Passion du Christ. Malheureusement, il ferme ses portes en 2008 suite à divers problèmes techniques.

En octobre 2013, après 5 années de fermeture, le Centre rouvre dans le cadre des festivités de clôture du Centenaire du diocèse et en hommage à son donateur, décédé quelques mois plus tôt. Depuis, il fait de nouveau découvrir à tous les publics, l’impressionnante collection de La Passion de Dunkerque, aujourd’hui plus communément appelée Collection de la Passion. Une collection « unique » en France et dans le monde ! Une collection qui mêle l’art contemporain à une thématique malmenée par une époque et ses artistes.

GILBERT DELAINE : LA PASSION D’UN MECENE PAS COMME LES AUTRES

Né dans le Pas-de-Calais le 11 janvier 1934, Gilbert DELAINE s’installe à Dunkerque en 1958 où il est ingénieur à la Direction de l’équipement. Très vite, ce catholique pratiquant et convaincu s’engage aux côtés de l’Abbé Pierre.

Dans les années 70, il découvre l’art contemporain de manière tout à fait fortuite et devient un véritable passionné. Quelques temps plus tard, il décide de constituer une collection d’œuvres d’art contemporain pour partager au plus grand nombre cette nouvelle passion. Il convainc même le maire de Dunkerque de faire construire un musée d’art contemporain dans lequel sera exposé l’une des plus riches collections françaises d’art des années 1950-1980.

Ce musée est inauguré en 1982. Aujourd’hui, rebaptisé « LAAC : Lieu d’Art et d’Action Contemporaine de Dunkerque ». Il décède en juillet 2013 à Dunkerque après avoir livré un long combat contre la maladie.

LA COLLECTION DE LA PASSION

Au début des années 80, Gilbert DELAINE fait l’expérience de la souffrance et de la maladie provoquant chez lui une réflexion sur la vie, la mort et l’espérance. Cette rencontre entre l’Homme de foi, l’être souffrant et l’amateur d’art est donc à l’origine de cette impressionnante collection sur la Passion du Christ.

Suite à cette expérience personnelle, Gilbert DELAINE décide d’interpeller les artistes de son entourage en leur envoyant une photocopie des évangiles de la Passion. Il leur demande de réaliser une œuvre sur ce thème en travaillant avec leur propre sensibilité, leur propre technique et une approche personnelle. La plupart de ses amis artistes répondront positivement en proposant une œuvre, constituant ainsi une collection unique en son genre, mêlant art contemporain et art sacré. (Baselitz , Combas, Kijno, Klasen, Fontana, Warhol et bien d’autres.)

L’intérêt artistique et humain est majeur dans la mesure où il permet de saisir l’image de la souffrance du XXe siècle ; ce siècle au cours duquel l’Homme atteignit l’abîme de la cruauté et de la douleur. A travers ces œuvres, les artistes nous ouvrent un chemin vers l’espérance et la victoire sur la mort, posant, dans la Résurrection, un regard optimiste sur l’humanité.

En 1996, Gilbert DELAINE fait don à l’Association Diocésaine de Lille de la collection de La Passion de Dunkerque, aujourd’hui appelée plus communément la Collection de la Passion.

LE THEME DE LA PASSION

La « Passion » désigne les derniers jours de la vie terrestre de Jésus. Celle-ci commence par ce que les chrétiens ont pris l’habitude d’appeler « l’Agonie », marquée par la prière confiante du Fils au Père, au Mont-des-Oliviers, et se termine par la mise au tombeau, avant que le Christ ne ressuscite.

Cet épisode, fondement de la foi chrétienne, prend place durant la fête juive de la Pâque (ou Pessah), qui commémore la sortie d’Egypte du peuple juif vers la terre qui leur avait été confiée par Dieu. Au cours de cette fête, un agneau mâle est traditionnellement sacrifié, dont le sang sert de signe et de protection divine, Dieu passant au-dessus des maisons marquées de ce sang, sans les atteindre de sa justice (Exode, 12).

La tradition veut que Jésus soit mort le même jour que la Pâque juive, les chrétiens le considérant comme l’« Agneau de Dieu », dont le sacrifice, la Passion, rachète les Hommes et scelle ainsi l’Alliance entre Dieu et les Hommes.

La foi chrétienne prend davantage racine dans la Résurrection que dans la Passion du Christ, dont la souffrance est avant tout un chemin vers la Vie éternelle promise à tous les Hommes. Cette universalité de la souffrance mais avant tout de l’Espérance se retrouve dans les œuvres de la Collection  de la Passion.

AUJOURD’HUI …

Depuis 2016, le Centre d’Art Sacré de Lille poursuit sa mission en étant un lieu ouvert à la création, à la rencontre et au dialogue, en invitant d’autres représentation du sacré ainsi qu’en proposant à des artistes contemporains locaux de tout bord de travailler sur l’iconographie chrétienne et d’exposer leur travail.

Grâce à ces œuvres et aux événements qu’il propose, le Centre d’Art Sacré de Lille est un lieu de rencontre avec l’Humanité au travers du cœur de la foi chrétienne et de la culture.

 

LES NUITS DE LA CRYPTE – Festival métropolitain d’art sacré contemporain

Dans le cadre de cet événement culturel métropolitain, le Centre d’Art Sacré de Lille montre une volonté marquée de s’inscrire dans l’aventure amorcée par Gilbert DELAINE en 1985 à la suite de son expérience personnelle de la souffrance.

Thomas SANCHEZ, Responsable de ce lieu culturel atypique, invite chaque année une dizaine d’artistes réunis en collectif éphémère à renouveler cette rencontre avec l’humanité et la fragilité de notre condition d’Homme, en leurs proposant de travailler sur le lien qu’ils ont à la souffrance (tel est le sens premier de « passion ») et qui les unit à l’humanité tout entière.

L’invitation qui leur est donnée, est de cheminer ensemble autour de ce thème universel et intemporel, à partir des passages des évangiles de la Passion du Christ, qu’ils soient croyants ou non. Lui, Homme qui accepta sa souffrance en toute liberté jusqu’à la croix.

En écho à l’exposition, une vingtaine d’artistes (artistes peintres et plasticiens, musiciens, chanteurs, danseurs) s’inscrivent dans une programmation culturelle riche et éclectique.