Nativité du Seigneur – Messe du jour – 25 décembre 2025

Image en entête : Crèche à l’étoile de l’Abbaye Notre-Dame de Venière (71)  – ICI

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Homélie de Mgr Le Boulc’h

Frères et sœurs,

cette nuit de Noël, des foules de chrétiens

se sont rassemblées dans les églises du monde.

 

Elles ont entendu dans l’évangile de Luc une histoire de bergers, des hommes, les plus méprisés de leur temps,

qui ont été visités par un ange

et sont allés reconnaître l’enfant-Dieu dans une crèche !

Ces exclus de la société ont été les destinataires de l’annonce du ciel, et sont devenus les premiers messagers de la Bonne Nouvelle !

 

L’œuvre de salut de Jésus,

dont il sera le grand témoin dans sa vie publique, a donc commencé dès sa naissance.

Elle se donne déjà à voir dans le signe bouleversant de ces marginaux qui, par la grâce de Dieu, sont devenus les premiers témoins

de la venue de Dieu sauveur dans notre monde.

Le mystère de la naissance de Jésus que les bergers ont vu et annoncé, est aussi celui que contemple saint Jean dans son évangile.

Dans son prologue, Jean donne une dimension vertigineuse

à l’évènement qu’est la naissance de Jésus.

 

Car, aux yeux de Jean, la venue de Jésus dans le monde ne concerne pas seulement l’existence des hommes, elle concerne aussi l’existence même de Dieu.

En envoyant son Fils, le Verbe de Dieu, prendre chair, Dieu prend le risque de vivre dans la condition humaine. Et il le fera totalement, sans illusions et sans trucages.

En Jésus, le Fils de Dieu vivra pleinement en homme, excepté les péchés. Il connaitra la joie humaine de connaître des parents aimants,

de vivre des relations d’amitié généreuse,

de contempler la beauté de la création, de prier seul ou en assemblée, de croiser des personnes habitées par de grands désirs de vivre…

Le Fils de Dieu connaitra aussi la froidure et le dénuement, la solitude,

les lâchetés, la trahison, l’injustice ou la mauvaise foi…

Car l’amour de Dieu qui s’est incarné en Jésus devra faire face aux refus et aux persécutions.

 

L’évangéliste Jean médite alors sur cette étrange destinée humaine du Verbe de Dieu.

« Le Verbe était la vraie Lumière,

qui éclaire tout homme en venant dans le monde.

Il était dans le monde, et le monde était venu par lui à l’existence, mais le monde ne l’a pas reconnu.

Il est venu chez lui, et les siens ne l’ont pas reçu. »

 

Jean s’interroge sur le refus du monde d’accueillir le Christ.

Car le Verbe de Dieu n’est pas né dans un monde qui lui serait étranger ! Bien au contraire, « Il est venu chez lui », affirme Jean.

Le Christ est né dans ce monde que Dieu a désiré et créé.

« C’est par lui que tout est venu à l’existence,

et rien de ce qui s’est fait ne s’est fait sans lui »,

précise saint Jean.

 

Ce monde, destiné dès sa création à vivre de Dieu et avec Lui,

s’est pourtant retourné contre Lui.

Le drame s’est manifesté en Jésus, le Fils de Dieu rejeté, humilié sur la croix.

« Les siens ne l’ont pas reçu. »

 

Cet épilogue terrible de l’histoire de Jésus

s’annonce déjà dans les récits de la nativité, quand Joseph et Marie ne trouvent aucune place dans la salle commune de Bethléem,

et doivent trouver refuge dans l’obscurité d’une crèche, quand la sainte famille doit fuir en Égypte,

par crainte d’un assassinat par Hérode.

Dès la naissance de Jésus ces indices laissent à penser que la vie du Fils de Dieu sera éprouvante

et qu’elle devra faire face au mal contre lui.

 

Mais, frères et sœurs, l’atroce mort de Jésus crucifié

ne sera pas le dernier mot des évangiles.

Tels de nouveaux bergers, ses disciples deviendront les premiers témoins du Ressuscité, Lui en qui la toute-puissance de l’amour de Dieu

a vaincu le mal et la mort qui semblaient le submerger.

 

Dans la seconde lecture de ce jour, l’auteur de l’épître aux Hébreux

chante alors sa foi en Jésus vainqueur :

« Rayonnement de la gloire de Dieu, expression parfaite de son être,

le Fils, qui porte l’univers par sa parole puissante,

après avoir accompli la purification des péchés,

s’est assis à la droite de la Majesté divine dans les hauteurs des cieux »

 

Saint Jean annonce lui aussi une formidable espérance :

« A tous ceux qui l’ont reçu,

il a donné de pouvoir devenir enfants de Dieu, eux qui croient en son nom.

Ils ne sont pas nés du sang, ni d’une volonté charnelle, ni d’une volonté d’homme : ils sont nés de Dieu ».

Ainsi frères et sœurs,

Jean associe à l’évènement de la naissance de Jésus une autre naissance. Il nous parle de la naissance des hommes à la vie d’enfants de Dieu.

Le Fils unique de Dieu est né dans le monde

pour ouvrir aux hommes l’accès à la vie nouvelle des enfants de Dieu.

Il est venu nous rejoindre dans notre condition humaine

pour nous appeler à nous unir à Lui, et recevoir avec Lui et en Lui la joie de vivre une relation d’enfant avec le Père.

« Amen, je vous le dis :

si vous ne changez pas pour devenir comme les enfants, vous n’entrerez pas dans le royaume des Cieux » (Mt 18,3) dit Jésus à ses disciples dans l’évangile de Matthieu.

Le Père, Créateur de l’univers, n’a qu’un désir :

qu’aucun de ses enfants ne soit perdu loin de lui,

que tous le rejoignent dans son éternité bienheureuse.

Cette espérance de la vie divine s’ouvre à tous dans l’amour, à commencer par les plus petits qui ont une âme d’enfant.

 

Frères et sœurs,

notre destinée humaine, c’est alors d’apprendre, jour après jour, à vivre en enfants de Dieu.

 

« Celui qui se fera petit comme cet enfant,

celui-là est le plus grand dans le royaume des Cieux », dit encore Jésus. Par cette voie de l’enfance, la vie éternelle et bienheureuse de Dieu commence en nous et franchit la mort.

 

Mais, frères et sœurs,

cette naissance de la vie d’enfant de Dieu en nous n’est pas facile.

Chacune et chacun de nous le sait bien par expérience,

tant d’illusions, de peurs et de vains désirs nous détournent de ce chemin.

Vivre dans la confiance et l’abandon de l’enfant est difficile.

 

Dans notre société qui valorise à l’excès l’autonomie de soi,

accepter la dépendance d’amour de l’enfant ne va pas de soi.

Cela passe par une mort à nos égos

pour ne plus vivre à partir de son moi et pour son moi d’abord, et choisir de vivre, unis à Jésus,

à partir de l’Amour de Dieu en nous et pour Lui.

« Ils ne sont pas nés du sang, ni d’une volonté charnelle, ni d’une volonté d’homme : ils sont nés de Dieu ».

 

Frères et sœurs,

c’est dans le baptême, qu’unis au Christ mort et ressuscité,

des hommes et des femmes naissent à la vie d’enfants de Dieu.

Les baptisés sont appelés à vivre avec Jésus une relation de confiance et d’abandon avec le Père de justice et de miséricorde.

 

Inspirés par la vie de Jésus dans les évangiles, fortifiés par le don de l’Esprit-Saint, encouragés dans la communion de l’Église,

l’amour de Dieu façonne leurs relations,

il les engage dans des relations plus justes et fraternelles.

 

Frères et sœurs,

en ce beau jour de Noël,

que nous soyons en recherche de Dieu, catéchumènes ou baptisés, le Seigneur nous appelle à reconnaître humblement nos pauvretés et notre besoin d’être sauvés.

 

Il nous invite à renaître dans l’amour de Dieu en Jésus qui vient demeurer en nous.

Aujourd’hui, le Seigneur vient renouveler en nous

la joie d’aimer Dieu et les hommes.

Et l’exultation des anges de la nuit de Bethléem devient la nôtre :

 

« Gloire à Dieu au plus haut des cieux,

et paix sur la terre aux hommes, qu’Il aime ! »

 Amen.