HOMÉLIE DU 09-04-2020 « Jeudi Saint », Mgr Antoine HEROUARD

PREMIÈRE LECTURE

Prescriptions concernant le repas pascal

Lecture du livre de l’Exode (Ex 12, 1-8.11-14)

En ces jours-là, dans le pays d’Égypte,
le Seigneur dit à Moïse et à son frère Aaron :
« Ce mois-ci
sera pour vous le premier des mois,
il marquera pour vous le commencement de l’année.
Parlez ainsi à toute la communauté d’Israël :
le dix de ce mois,
que l’on prenne un agneau par famille,
un agneau par maison.
Si la maisonnée est trop peu nombreuse pour un agneau,
elle le prendra avec son voisin le plus proche,
selon le nombre des personnes.
Vous choisirez l’agneau d’après ce que chacun peut manger.
Ce sera une bête sans défaut, un mâle, de l’année.
Vous prendrez un agneau ou un chevreau.
Vous le garderez jusqu’au quatorzième jour du mois.
Dans toute l’assemblée de la communauté d’Israël,
on l’immolera au coucher du soleil.
On prendra du sang,
que l’on mettra sur les deux montants et sur le linteau
des maisons où on le mangera.
On mangera sa chair cette nuit-là,
on la mangera rôtie au feu,
avec des pains sans levain et des herbes amères.
Vous mangerez ainsi : la ceinture aux reins,
les sandales aux pieds,
le bâton à la main.
Vous mangerez en toute hâte :
c’est la Pâque du Seigneur.
Je traverserai le pays d’Égypte, cette nuit-là ;
je frapperai tout premier-né au pays d’Égypte,
depuis les hommes jusqu’au bétail.
Contre tous les dieux de l’Égypte j’exercerai mes jugements :
Je suis le Seigneur.
Le sang sera pour vous un signe,
sur les maisons où vous serez.
Je verrai le sang, et je passerai :
vous ne serez pas atteints par le fléau
dont je frapperai le pays d’Égypte.

Ce jour-là
sera pour vous un mémorial.
Vous en ferez pour le Seigneur une fête de pèlerinage.
C’est un décret perpétuel : d’âge en âge vous la fêterez. »

– Parole du Seigneur.

 

PSAUME (115 (116b), 12-13, 15-16ac, 17-18)

 

R/ La coupe de bénédiction
est communion au sang du Christ.

Comment rendrai-je au Seigneur
tout le bien qu’il m’a fait ?
J’élèverai la coupe du salut,
j’invoquerai le nom du Seigneur.

Il en coûte au Seigneur
de voir mourir les siens !
Ne suis-je pas, Seigneur, ton serviteur,
moi, dont tu brisas les chaînes ?

Je t’offrirai le sacrifice d’action de grâce,
j’invoquerai le nom du Seigneur.
Je tiendrai mes promesses au Seigneur,
oui, devant tout son peuple.

 

DEUXIÈME LECTURE

« Chaque fois que vous mangez ce pain et que vous buvez cette coupe, vous proclamez la mort du Seigneur »

Lecture de la première lettre de saint Paul apôtre aux Corinthiens  (1 Co 11, 23-26)

Frères,
moi, Paul, j’ai moi-même reçu ce qui vient du Seigneur,
et je vous l’ai transmis :
la nuit où il était livré,
le Seigneur Jésus prit du pain,
puis, ayant rendu grâce,
il le rompit, et dit :
« Ceci est mon corps, qui est pour vous.
Faites cela en mémoire de moi. »
Après le repas, il fit de même avec la coupe,
en disant :
« Cette coupe est la nouvelle Alliance en mon sang.
Chaque fois que vous en boirez,
faites cela en mémoire de moi. »

Ainsi donc, chaque fois que vous mangez ce pain
et que vous buvez cette coupe,
vous proclamez la mort du Seigneur,
jusqu’à ce qu’il vienne.

– Parole du Seigneur.

 

ÉVANGILE

« Il les aima jusqu’au bout »

 

Gloire et louange à toi, Seigneur Jésus !
Je vous donne un commandement nouveau,
dit le Seigneur :
« Aimez-vous les uns les autres
comme je vous ai aimés. »
Gloire et louange à toi, Seigneur Jésus ! 

 

Évangile de Jésus Christ selon saint Jean (Jn 13, 1-15)

Avant la fête de la Pâque,
sachant que l’heure était venue pour lui
de passer de ce monde à son Père,
Jésus, ayant aimé les siens qui étaient dans le monde,
les aima jusqu’au bout.

Au cours du repas,
alors que le diable
a déjà mis dans le cœur de Judas, fils de Simon l’Iscariote,
l’intention de le livrer,
Jésus, sachant que le Père a tout remis entre ses mains,
qu’il est sorti de Dieu et qu’il s’en va vers Dieu,
se lève de table, dépose son vêtement,
et prend un linge qu’il se noue à la ceinture ;
puis il verse de l’eau dans un bassin.
Alors il se mit à laver les pieds des disciples
et à les essuyer avec le linge qu’il avait à la ceinture.
Il arrive donc à Simon-Pierre,
qui lui dit :
« C’est toi, Seigneur, qui me laves les pieds ? »
Jésus lui répondit :
« Ce que je veux faire, tu ne le sais pas maintenant ;
plus tard tu comprendras. »
Pierre lui dit :
« Tu ne me laveras pas les pieds ; non, jamais ! »
Jésus lui répondit :
« Si je ne te lave pas,
tu n’auras pas de part avec moi. »
Simon-Pierre
lui dit :
« Alors, Seigneur, pas seulement les pieds,
mais aussi les mains et la tête ! »
Jésus lui dit :
« Quand on vient de prendre un bain,
on n’a pas besoin de se laver, sinon les pieds :
on est pur tout entier.
Vous-mêmes,
vous êtes purs,
mais non pas tous. »
Il savait bien qui allait le livrer ;
et c’est pourquoi il disait :
« Vous n’êtes pas tous purs. »

Quand il leur eut lavé les pieds,
il reprit son vêtement, se remit à table
et leur dit :
« Comprenez-vous
ce que je viens de faire pour vous ?
Vous m’appelez “Maître” et “Seigneur”,
et vous avez raison, car vraiment je le suis.
Si donc moi, le Seigneur et le Maître,
je vous ai lavé les pieds,
vous aussi, vous devez vous laver les pieds les uns aux autres.
C’est un exemple que je vous ai donné
afin que vous fassiez, vous aussi,
comme j’ai fait pour vous. »

– Acclamons la Parole de Dieu.

 

HOMÉLIE DE MONSEIGNEUR ANTOINE HEROUARD

 

Le Jeudi-saint nous introduit ainsi dans le triduum pascal : ces trois jours pour accompagner Jésus
dans le don de lui-même, dans sa Passion – sa Mort – et sa Résurrection.

Ce Jeudi-saint, nous revivons le dernier repas de jésus avec ses disciples, au cours duquel il institue
l’Eucharistie, le sacrement de son corps et de son sang par lequel il se donne en nourriture et nous
fait revivre le don de sa vie pour le salut du monde. Saint Paul nous l’a redit dans le passage de la
lettre aux Corinthiens, le plus ancien récit de l’institution de l’Eucharistie : « j’ai moi-même reçu ce
qui vient du Seigneur et je vous l’ai transmis » dit Paul. Ce n’est pas Paul, ce n’est pas les disciples, ce
n’est pas la première communauté qui a inventé, créé l’Eucharistie, c’est Jésus lui-même. « Ceci est
mon corps livré pour vous. Faites cela en mémoire de moi ». Faire mémoire, c’est bien plus que se
souvenir ; l’Eucharistie n’est pas une sorte de mime, mais c’est bien Jésus qui se rend présent au
milieu de ses disciples. « Cette coupe est la nouvelle Alliance en mon sang, faites cela en mémoire de
moi ». Jésus offre sa vie, verse son sang. Réalise l’alliance entre Dieu et les hommes, celle annoncée
par les prophètes, l’Alliance nouvelle et éternelle. « Chaque fois que vous mangez ce pain et buvez à
cette coupe, vous proclamez la mort jusqu’à ce qu’Il vienne ».

L’Eucharistie est mémorial, nous fait revivre le mystère de notre salut : la mort et la résurrection de
Jésus, ce que nous fêtons tout particulièrement ces jours-ci.

L’importance de l’Eucharistie où Jésus se rend présent à nous, dont le Concile nous a rappelé qu’elle
était le Sacrement, le centre de la vie chrétienne, et pourtant, ce soir, nous le vivons d’une manière
bien paradoxale, confinés dans nos maisons ou nos appartements, en vivant une communion
spirituelle au travers des ondes et de la retransmission de l’image. L’Institution de l’Eucharistie le
Jeudi-saint que nous vivons comme à distance dans nos communautés dispersées, mais rassemblés
par la prière et la foi commune : ainsi faisons-nous l’expérience du manque, l’Eucharistie est une
nourriture pour notre vie, mais aussi aujourd’hui l’expérience d’une communion différente avec le
Christ qui nous rejoint, avec tous ceux qui vivent cette même méditation, avec tous ceux qui de par le
monde n’ont pas accès régulièrement à l’Eucharistie et sans qu’il y ait besoin pour cela d’une
pandémie. Le récent synode sur l’Amazonie nous a rappelé cette question.

Alors peut-être, une clé de compréhension de ce qui se joue, en ce Jeudi-saint si particulier, nous
pouvons la trouver dans la méditation de l’Evangile : Jean est le seul évangéliste qui ne nous rapporte
pas directement le dernier repas de Jésus avec ses disciples, mais qui nous propose cette longue et
belle description du lavement des pieds des disciples par Jésus. J’ai toujours été frappé, étonné, que
la liturgie nous propose ce texte au soir du Jeudi-saint et non pas le récit de l’institution de
l’Eucharistie comme pour nous faire comprendre le lien si fort, si étroit, entre le sacrement que nous
célébrons, la communion que nous pouvons vivre, et l’acte de Jésus qui se fait le serviteur de ses
disciples, qui accomplit un geste qui n’est pas celui du maître, mais celui du serviteur ou de l’esclave.
Et comme pour nous en faire comprendre toute l’importance, Jean introduit le texte de façon très
solennelle : « Avant la fête de la Pâque, sachant que l’heure était venue pour Lui de passer de ce
monde à son Père, Jésus, ayant aimé les siens qui étaient dans le monde, les aima jusqu’au bout. Au
cours du repas, Jésus sachant que le Père a tout remis entre ses mains, qu’Il est sorti de Dieu et qu’Il
s’en va vers Dieu ». Difficile de souligner davantage l’importance, la solennité de ce moment, qui
donne le sens de tout ce qui va suivre après, du don que Jésus fait de sa vie, par amour pour les
hommes. « Ma vie nul ne la prend, mais c’est moi qui la donne ».

Alors, que fait Jésus ? et bien tout d’abord, Jésus se lève de table. Il se lève, comme il se lèvera plus
tard d’entre les morts. Il se redresse, il est debout, le vivant. Et que fait-il ? Il lave les pieds de ses
disciples. Et il nous montre ainsi le chemin.

Etre disciple de Jésus, c’est d’un même mouvement se lever pour s’approcher des frères et se mettre
à leur service, et vivre ce service dans l’humilité du serviteur. Jésus nous montre l’équivalence qu’il
peut y avoir dans le fait de le reconnaître comme le Sauveur, Celui qui donne sa vie, Celui qui se
donne à nous comme une nourriture, Celui dont nous célébrons la mort et la Résurrection chaque
fois que nous revivons son dernier repas, et qu’il se rend présent au milieu de nous en son corps et
son sang. Equivalence avec le fait de faire de notre vie un service. Un service de nos frères et sœurs,
un service des pauvres et des petits. Les disciples, évidemment ne comprennent pas bien. Et pierre,
toujours à la fois bougonnant et spontané va protester. « C’est Toi Seigneur qui me lave les pieds ! » –
« Plus tard tu comprendras lui répond Jésus ». Il lui faudra l’épreuve de la Passion et de la Mort de
Jésus, il lui faudra la joie de la Résurrection. « Plus tard tu comprendras ».
« Vous m’appelez maître et Seigneur dit Jésus, et vraiment je le suis ; alors vous devez vous laver les
pieds les uns aux autres, alors vous devez être les serviteurs les uns des autres. C’est un exemple que
je vous ai donné, pour que vous fassiez comme j’ai fait pour vous. »

En ce jour où nous célébrons le dernier repas de Jésus, en ce jour où la plupart d’entre nous ne
pourrons pas communier physiquement au corps et au sang du Seigneur, Jésus nous redit qu’à sa
suite, nous avons à nous refaire serviteur les uns des autres. Ceci a une résonance toute particulière
en ces jours dans l’épreuve que nous traversons : service des malades, à travers la générosité,
l’abnégation de tous les soignants, de tous ceux qui se donnent sans compter au risque même de
leur vie pour en sauver d’autres ; service du bien commun pour tous ceux qui organisent la vie de la
cité, le poids des décisions à prendre, de tout ce qui est à organiser, à mettre en œuvre au milieu de
l’incertitude, service du quotidien dans l’attention aux uns et aux autres, aux personnes âgées, aux
isolés, à ceux qui sont dans la peine d’avoir perdu un être cher, service des pauvres, des marginaux,
de ceux dont la condition est rendue encore, peut-être, plus dure dans les circonstances présentes :
les sans-domiciles, les migrants. Service, demain, pour aider, soutenir ceux qui vivent et vivront la
difficulté économique, qui auront perdu leur travail ou n’auront plus les moyens du lendemain.

Oui, le service de nos frères nous conduit au repas de Jésus, au banquet pascal, à la communion
véritable avec Dieu, comme ses enfants bien aimés. Amen.