4ème dimanche du Temps Ordinaire (A) – 01 février 2026

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Association Épiscopale Liturgique pour les pays Francophones

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Dieu veut notre bonheur

               Heureux les pauvres de cœur, heureux ceux qui pleurent, heureux les doux, …. Heureux : ce discours des béatitudes inaugure la mission de Jésus et en donne le ton. Heureux : Dieu veut le bonheur de l’humanité et Jésus le révèle. C’est la bonne nouvelle du salut !

               Heureux : ainsi Dieu par son Fils nous rejoint dans l’aspiration la plus forte que nous avons : être heureux, que nos proches soient heureux ! Qui d’entre nous ne le souhaite pas ?

               Heureux : nous écoutons ces béatitudes dans un monde inquiétant et inquiet, meurtri et le plus souvent malheureux

               Et puis heureux les pauvres, heureux ce qui ont faim et soif de la justice… avouons : quel décalage avec notre image du bonheur ! Ce n’est pas ainsi que nous voyons spontanément le bonheur (ne parlons pas de ‘heureux ceux qui pleurent’…). Sans oublier qu’un certain nombre de nos frères et sœurs avaient mis leur espoir de bonheur dans le fait d’être chrétien (de croire). Et voilà qu’ils expérimentent qu’être chrétien ne protège pas des épreuves… Ils ont même eu l’impression que Dieu les abandonnait ou qu’il n’existait pas… et ils sont partis déçus et meurtris ! Alors les béatitudes ? Une consolation facile (un effet d’annonce) ? Une utopie. Comment accueillir ces paroles de Jésus comme une bonne nouvelle ? Comment accueillir ces paroles de promesse de bonheur, ces béatitudes ?  

               Et si les béatitudes révélaient le Christ et le combat de Dieu contre le mal et la mort ? Jésus n’est-il pas le pauvre par excellence, celui qui s’est confié entièrement à son Père ? (Cf. 2 Co 8, 9) ; n’est-il pas celui qui a pleuré son ami Lazare, pleuré sur Jérusalem ? (Cf. Lc 19, 41) ; n’est-il pas celui qui a lutté contre l’injustice, l’exclusion, qui a travaillé à la paix ? N’est-il pas celui qui a été persécuté ? Regarder le Christ en croix qui est là, à l’entrée du chœur. Elle est le signe de l’amour du Christ, de l‘amour de son Père, qui va jusqu’au bout. Le Christ des béatitudes est mort et son Père l’a ressuscité.

               Sa résurrection signifie que la manière d’aimer qu’est chacune des béatitudes, que son combat pour l’amour et son pari sur la capacité d’amour de l’humanité, ne sont pas vaines. Traversées par la passion, la mort et la résurrection du Christ, elles ouvrent un avenir. Elles deviennent des chemins d’humanité (d’humanisation) et de bonheur.

               Reste qu’elles ne sont pas notre vision spontanée du bonheur. Ce décalage montre sans doute la conversion qu’elles nous demandent. Le prophète Sophonie nous montre en quoi elle consiste : ‘Cherchez le Seigneur… cherchez la justice…cherchez l’humilité…’ Cherchez le Seigneur : c’est la source – Les béatitudes ne sont pas une leçon de morale mais un chemin de rencontre ! Cherchez le Seigneur : nous ne l’avons pas encore pleinement trouvé, il nous échappe, il ne nous appartient pas. Cherchez la justice : cherchez à se laisser ajuster à sa volonté : ‘que ta volonté soit faite’ prions-nous au Notre Père. Chercher l’humilité : combattre l’orgueil. C’est ainsi que st Paul nous invite à regarder qui nous sommes : nous sommes appelés par Dieu ; nous sommes choisis par lui ; tout ce que nous sommes vient de lui !

               Oui, le bonheur ne s’achète pas ; il ne se prend pas ; il ne se mérite pas : il se reçoit de Dieu. C’est lui qui en son Fils nous dit ‘heureux’. Puissions-nous en rendre grâce dans cette eucharistie que nous célébrons et demander à Dieu la force de reconnaitre notre pauvreté : ‘heureux les pauvres de cœur, car le royaume des cieux est à eux’.  – P. Bruno Mary, recteur