3ème dimanche du Temps Ordinaire (A) – 25 janvier 2026
Textes du jour >>>>> SITE AELF
AELF : Association Épiscopale Liturgique pour les pays Francophones
————————————————————————————————————————————–
La lettre de Paul aux corinthiens entendue il y a quelques minutes, se termine par une précision que Paul tient à faire à la communauté de Corinthe. Paul dit qu’il a été envoyé pour annoncer l’Evangile sans avoir recours au langage de la sagesse humaine. Cette sagesse rendrait vaine la croix du Christ précise-t-il.
Par ces quelques mots, Paul révèle l’extra-ordinaire du Christ, il révèle l’extra-ordinaire de notre Dieu.
Notre Dieu par amour pour nous, sa création, pour nous les humains, pour ses enfants qui lui sont chers, a choisi l’abaissement le plus complet, le plus total. Lui, le Très-haut, le Souverain, il choisit de naître parmi les humains, il décide de naître chez nous les humains, il décide de prendre chair, de s’incarner et de vivre la vie d’un humain : 1er abaissement. Le créateur décide de devenir créature. Notre Dieu le fait par amour. Et même si Joseph est de la lignée de David, le grand roi ; Jésus naît dans une famille modeste. Cela fait partie de l’abaissement choisi par notre Dieu : « pour nous les hommes et notre salut, il descendit du ciel, il a pris chair de la vierge Marie… ».
L’antiquité grecque nous a légué une tout autre conception d’un dieu. Les dieux sont dans le panthéon. Ils se désintéressent de la vie des hommes, et quand ils s’y intéressent, c’est pour provoquer le malheur des hommes. Les dieux se réjouissent du malheur des hommes.
Or, notre Dieu n’a d’autre intérêt que notre salut, il est miséricordieux des humains et cela fait partie de l’extra-ordinaire de notre Dieu.
La sagesse des hommes ne peut le comprendre. Parce que la sagesse des hommes ne peut comprendre ce qu’est l’amour d’un Dieu pour sa création. Oui, l’amour de Dieu est une folie au regard de la sagesse des hommes. Cet amour qui conduira le Christ sur la croix. Et la Christ mourra sur la croix. L’Emmanuel, le Fils de Dieu, Dieu fait homme a choisi de mourir pour notre salut : 2ième abaissement. « Crucifié pour nous sous ponce Pilate, il souffrit sa passion et fut mis au tombeau ».
Oui, quelle sagesse humaine peut-elle entrer dans la compréhension de la croix ? L’abaissement de Dieu, abaissement choisi, va l’amener là où aucun dieu n’est allé : la mort. Par définition, Dieu est immortel il est même éternel. Mais notre Dieu a décidé de vivre la totalité des expériences humaines et donc celle de la mort. Mais le chemin qui conduit le Christ à la mort est particulier. La mort de Jésus est particulièrement injuste – même si toute mort est injuste. Lui, l’innocent endosse toutes les violences injustes : dénonciation, mensonge, humiliation, torture et le Christ se retrouve sur la croix au milieu des criminels. Du ciel, de là-haut, notre Dieu est descendu au plus bas. Cet abaissement est un abaissement total.
Quelle sagesse humaine peut-elle comprendre qu’un Dieu décide de mourir pour le salut des humains ? Cette mort d’un Dieu Fils sur la croix est un scandale pour la sagesse, pour la raison. C’est le scandale de la croix.
Ce que la sagesse ne pourra jamais comprendre, ce que la philosophie ne pourra jamais concevoir, c’est le sens de l’amour de Dieu pour le monde.
Le sens de cette invitation reste au-delà de tout discours philosophique : « Il n’y a pas de plus grand amour que de donner sa vie pour ceux qu’on aime. »
Nous le savons, aimer, c’est fragiliser sa vie. Parce qu’aimer, c’est choisir de refuser le rapport de force. En aimant, nous offrons notre cœur et celui-ci peut être transpercé.
Tous ceux et toutes celles qui ont aimé où qui aiment ont pu éprouver cette fragilité qui est l’occasion de nombreuses blessures. Et les blessures d’un amour malheureux sont parmi les plus vives éprouvées.
Blessure parce que celui ou celle qu’on aime n’a pas voulu se laisser aimer ou bien n’a plus voulu se laisser aimer ; parce que notre amour n’a pas pu empêcher celui ou celle qu’on aime de s’abîmer et de se détruire ; parce que nous avons reçu en retour de notre amour une violence sous quelle que forme que ce soit ; ou bien encore parce qu’on n’a jamais trouvé quelqu’un à aimer. On le désirait pourtant mais les aléas de la vie ont fait que cela n’a jamais été possible. Et la blessure la plus vive, peut-être, c’est celle infligée chez celui ou celle qui n’a jamais été aimée : celui-là ou celle-là s’éprouve comme une terre aride sur laquelle la pluie n’est jamais tombée, c’est vivre l’extrême désolation. Il y a tant d’occasions d’être blessé si nous choisissons d’aimer.
Notre Dieu a choisi d’aimer l’humanité et le Christ l’a aimée, cette humanité, jusqu’à la croix. En retour à ce choix, l’humanité l’a cloué sur la croix. Puis, la pierre est roulée sur l’entrée du tombeau. C’est alors la longue nuit de la mort.
Clap de fin !
Mais non. Tout n’est pas accompli ! Au cœur des ténèbres du tombeau, voilà,que la vie l’emporte. Le Père a ressuscité le Fils par amour. La résurrection du Fils est le signe que l’amour finit par vaincre les forces qui lui sont contraire. Et comme l’affirme Paul de Tarse : « Si le Christ n’est pas ressuscité, notre foi est vaine ».
Il n’y a effectivement rien de sage chez notre Dieu et rien de la sagesse des hommes ne peut parvenir à comprendre ce qu’est l’amour infini de Dieu pour les hommes. Oh, bien sûr, les sciences humaines, psychologie, sociologie vont proposer des modèles scientifiques pour expliquer l’amour. Les sciences exactes vont proposer des modèles chimiques qui expliquent que l’amour est une question de molécules qui affectent telle zone du cerveau.
Mais que tout ceci reste à distance de l’amour vécu !
Saint Paul dont nous fêtons aujourd’hui la conversion nous révèle ce que le Christ lui a révélé.
Dans le cœur de Dieu de trouvent deux vertus démesurées : l’amour sans mesure et le pardon infini. Ces deux vertus sont intimement liées, elles sont sœurs. Aimer, c’est un jour pouvoir pardonner à ceux que nous aimons. Et nous pouvons pardonner parce que nous avons aimé. Le Christ l’a montré, il nous l’a enseigné.
Parce que le Christ nous a aimés, il nous a pardonné notre capacité de faire de mal, nous pouvons alors en retour aimer et pardonner, là est le signe que le Royaume est déjà là.
M. Olivier Antoine, diacre permanent