3ème dimanche de l’Avent (A) – 14 décembre 2025

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AELF : Association Épiscopale Liturgique pour les pays Francophones

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Peut-être que dans nos familles, il y a 15 jours, la première bougie de l’Avent a été allumée. Allumer cette bougie a peut-être été fait en toute discrétion, sans aucune solennité, c’est presque passé inaperçu. Ou bien une petite cérémonie a accompagné cet allumage. Dimanche dernier, peut-être, avons nous allumé la deuxième bougie et aujourd’hui, c’est au tour de la troisième bougie d’être allumée.

Pourtant nous ne manquons pas de technologies pour nous éclairer et la technologie est capable de produire une lumière bien plus puissante, bien plus éclairante qu’une simple bougie. Nos lumières sont nombreuses et de couleurs et d’intensité variées au point de nous faire oublier la longueur de nos nuits.

Mais malgré cela, nous continuons à allumer nos bougies qui produisent une lumière particulière que seule la flamme d’une bougie est capable de faire. Petite lumière chaude et vivante incessamment en mouvement. L’allumette est frottée contre la boîte, elle s’enflamme et par contact se communique à la mèche.  La flamme de la bougie est d’abord toute petite, puis elle s’affermit et grandit pour s’épanouir. Mais elle reste fragile. Elle tremble sur sa mèche, penche un peu de côté, se redresse et voilà qu’elle penche de l’autre côté pour se redresser encore. Elle est sensible à toute les brises. Un souffle peut la coucher, un deuxième souffle peut l’éteindre et nous voyons un peu de fumée monter dans l’espace et une petite braise rouge au bout de la mèche, braise qui diminue pour bientôt disparaître. Mais une bougie n’est pas faite pour être éteinte, alors on la rallume.

Ainsi en va-t-il de nos espérances. Elles sont comme la flamme d’une bougie, fragiles risquant à chaque instant de s’éteindre aux vents de ce que nous vivons. Les vents qui soufflent dans nos vies couchent peut-être les flammes nos espérances, et les tempêtes qui peuvent ravager notre vécu les ont peut-être éteintes. Mais voilà, en ces temps de Noël, la parole de Dieu nous invite à rallumer la bougie de l’espérance. Au  cœur de nos vie brille de nouveau la petite flamme de notre espérance.

Si nous prêtons attention aux différents moments de notre vie, nous pouvons remarquer que chacun de ces moments était marqué d’une espérance. Des toutes petites espérances quotidiennes, parfois, futiles, que le métro ne tombe pas en panne. Mais aussi de grandes espérances à propos desquelles, il y va du sens de notre vie. Ces grandes espérances sont celles que nous mettons dans notre relation à l’autre. Dans toute relation authentique à l’autre, il y a toujours une espérance : celle d’être aimé, celle d’être reconnu pour ce que l’on est, celle d’être pardonné pour le mal infligé à l’autre, celle d’être aidé et secouru. Nous espérons que celui ou celle que l’on aime aille mieux, que sa santé s’améliore. Nous espérons aussi passer un bon moment avec ceux et celles que l’on aime parce que la vie est belle, joyeuse et légère lorsque nous la vivons avec les autres en harmonie.

Mais ces espérances ne pourront se réaliser sans la volonté de l’autre qui reste infiniment libre de ne pas répondre à mes espérances.
Ces espérances peuvent donc se briser sur l’écueil de la liberté de l’autre.

Comme la flamme d’une bougie, chacune de nos espérances est bien fragile et il suffit de presque rien pour que la relation à l’autre échoue, il n’y a plus rien à espérer de cette relation. La petite flamme de notre grande espérance vient de s’éteindre. Et nous risquons alors de désespérer de l’autre. Ce qui est perdre tout sens à notre vie. Il n’y a plus de demain.

Mais de même qu’une bougie éteinte appelle à être rallumée, au cœur de nos vies où l’espérance a disparu, elle peut quand même renaître. Sous la forme de cette petite voix qui nous souffle : « allez, relève-toi, remets-toi debout et reprends ton chemin, il y a un avenir. Le monde a soif de justice. Il t’attend »

Le prophète Isaïe est  semblable à cette petite voix, il est possédé par l’espérance. Il la crie cette espérance. Il nous tourne vers un avenir possible et nous contraint à travailler pour que cet avenir possible devienne réel. Parce qu’Isaïe nous dit que nous ne sommes pas seuls : « Soyez forts, ne craignez pas, voici votre Dieu, il vient lui-même ». Dites aux gens qui s’affolent, aux gens qui désespèrent que le Seigneur est présent, il vient dans notre nuit la plus longue. Une lumière vient d’apparaître au cœur des ténèbres. Une lumière divine. Un enfant va nous être donné et pas n’importe quel enfant, un enfant-Dieu. Cette lumière s’appelle Jésus le Christ. Il est notre espérance, cette lumière de Noël qui est allumée comme une bougie est allumée. Cette lumière de Noël allumée par l’allumette divine.

Nos bougies de l’espérance sont peut-être éteintes mais voilà que le Seigneur vient les rallumer et l’espérance renaît, vacillante comme une flamme de bougie, frêle et fragile. Frêle et fragile comme l’enfant qui vient de naître. Tout enfant qui vient de naître incarne l’espérance.
Une espérance en l’avenir. Et tout parent dira que son enfant incarne une promesse d’avenir. En confiant Jésus à l’humanité de Joseph
et de Marie, Dieu réalise notre espérance.                  

Les textes de cette période de l’Avent révèlent une soif qui est l’une des plus anciennes de l’humanité : la soif de justice. Toutes et tous nous sommes faits pour ne jamais accepter l’inacceptable : l’injustice. Même si nous sommes impuissants à la combattre, même si, à notre corps défendant, nous sommes parfois complices de cette injustice, notre cœur crie contre l’injustice.

L’injustice, le fait d’éprouver ce qu’on ne mérite pas : la maladie, la pauvreté, l’infirmité, l’humiliation ou la souffrance.

Toutes nos espérances sont des espérances d’un monde plus juste.

Le Christ guérit les infirmités, il annonce la bonne nouvelle pour les pauvres : ça y est, le règne de la justice a commencé.

Voilà que le Seigneur vient lui-même nous aider à combattre l’inacceptable injustice.

Elle est là cette espérance de Noël, cette espérance qui se rallume à chaque fois que nous rencontrons le Christ lorsque nous consommons son corps et buvons son sang.

Trois textes de ce jour annoncent l’espérance d’un monde plus juste dans lequel tout enfant, toute femme et tout homme pourra vivre pleinement son humanité.

Cette espérance a toujours été le projet de notre Dieu.

La venue de l’enfant-Dieu nous rappelle cette espérance et chaque fois que nous mettons en présence du Seigneur, c’est la bougie de l’espérance qui se rallume en nous.

Alors, ce midi, si nous allumons la troisième bougie de l’Avent écoutons notre cœur, alors nous entendrons le frémissement de l’espérance qui se rallume.

Et nous pourrons prier avec le psalmiste :

Le Seigneur fait justice aux opprimés,
a
ux affamés il donne le pain.
Le Seigneur délie les enchaînés.

Le Seigneur ouvre les yeux des aveugles.
Il redresse les accablés.
Le Seigneur aime les justes.

Le Seigneur protège l’étranger,
il soutient la veuve et l’orphelin.
D’âge en âge, le Seigneur régnera.

M. Olivier Antoine, diacre permanent