3ème dimanche de Carême (C) – 23 mars 2025

Textes du jour : Ex 3, 1-8a.10.13-15 — Ps 102 (103), 1-2, 3-4, 6-7, 8.11 — 1 Co 10, 1-6.10-12 — Lc 13, 1-9

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Savoir lire les signes des temps – Espérer et prendre patience

            L’affaire des Galiléens que Pilate avait fait massacrer…. Dix-huit personnes tuées par la chute de la tour de Siloé. On rapporte ces faits divers dramatiques à Jésus. Il y en a autant aujourd’hui. Les médias font que presque tout se sait. Par ces ‘faits divers’ certains suscitent notre émotion parce que plus proches et plus dramatiques. D’autres suscitent notre indignation, notre colère… éprouvent notre foi : Seigneur, comment peux-tu laisser faire cela ? Nous cherchons des explications, des responsables pour ne pas dire des coupables… On peut voir dans ces faits un châtiment de Dieu : ces Galiléens étaient de plus grands pécheurs que d’autres… ces victimes de la chute de la tour de Siloé étaient de plus grands coupables que tous les autres habitants de Jérusalem… En fait, ils essayent, de reconnaitre la présence de Dieu dans ces événements.

            Que répond Jésus ? Pour Jésus, ces victimes ne sont pas plus coupables que d’autres : ils ne subissent pas un châtiment de Dieu. Jésus invite ses interlocuteurs à se convertir pour mieux appréhender sa présence au cœur des événements de notre humanité, de notre monde [1]

            Ecoutons le passage du livre de l’Exode, puis St Paul.

            Le livre de l’Exode nous révèle Dieu qui compatit à la misère de son peuple : ‘oui, j’ai vu la misère de mon peuple et j’ai entendu ses cris sous les coups des surveillants’. Et il envoie Moïse pour le libérer. Dieu ne veut pas le malheur pour son peuple… ‘Le Seigneur est tendresse et pitié’ (psaume 102)

            St Paul médite comme croyant, sur l’histoire du peuple traversant le désert. Il rappelle le soin que Dieu prend de son peuple : il le nourrit par la manne ; il l’abreuve avec l’eau du rocher. Mais le peuple est ingrat et il récrimine (il rouspète) contre Dieu. Et Paul de conclure : ‘cela leur est arrivé afin de servir d’exemple et l’Écriture l’a raconté pour nous avertir, nous qui nous trouvons à la fin des temps. ‘ Quand nous sommes éprouvés par des faits tragiques, n’oublions pas les merveilles de Dieu, ‘n’oublions aucun de ses bienfaits’. Ne soyons pas ingrats et versatiles. Et Paul nous met en garde : ‘celui qui se croit solide, qu’il fasse attention à ne pas tomber’. La prière d’ouverture le reprend à sa manière : ‘accueille favorablement Seigneur l’aveu de notre faiblesse, et puisque nous prenons humblement conscience de nos fautes, que ta miséricorde nous relève sans cesse.

            Et l’évangile de ce dimanche de conclure par la parabole du figuier. Voilà trois ans qu’un figuier ne porte pas de fruit et épuise le sol. Son propriétaire est résolu à le couper. Mais le vigneron intervient :

  • Il parie sur la capacité du figuier à porter du fruit et met du fumier tout autour…
  • Il demande au maitre de patienter encore un an.

Le maitre le lui accorde. Dieu parie sur nos capacités. Il espère en nous et patiente. Nous sommes à la moitié de notre carême et nos bonnes résolutions du début du Carême sont peut-être restées lettre morte… ou à peu près. Profitons du temps qu’il nous accorde pour nous convertir, pour porter du fruit. Laissons au carême toute sa chance pour qu’il ouvre en nous l’espace nécessaire pour que la Parole du Seigneur accomplisse son œuvre. Cela nous invite à prendre patience vis-à-vis de nous-même et vis-à-vis des autres. ‘Le Seigneur est tendresse et pitié, lent à la colère et plein d’amour’.

Père Bruno Mary, recteur de la cathédrale

[1] : Concile Vatican II : Constitution pastorale Gaudium et spes, §§ 1-3